Sur la route de l’espoir

Quelle est la différence entre un migrant et un réfugié ? doivent-ils être assistés différemment ? 

Dans notre travail d’humanitaire on te répondra que oui. Il faut les considérer différemment. Les assister différemment. Mais la compassion chrétienne va vous déchirer le cœur face aux situations de migration mixte lorsqu’on vous demandera d’assister l’un et pas l’autre…je n’y connais pas encore grand-chose en migration mixte mais les questions se bousculent déjà dans ma tête…

L’un a décidé de foncer en aventure vers d’autres pays à la recherche de meilleures conditions de vie ou simplement pour changer voir pour réaliser un rêve ; l’autre n’a pas décidé, il a été contraint de fuir la violence et/ou la persécution à la recherche d’un havre de paix dans un autre pays.

Dit comme ça ils ont l’air si différents. On croirait presque que l’un s’amuse et l’autre misère. Pourtant non. Ceux que moi j’ai vu se ressemblent. Mélanger entre eux avec ce même regard hagard, la même peur dans les yeux, la peau fripée, les lèvres fendues par la famine, la soif et le soleil, les pieds nus parfois écorchés par les cailloux du désert, avec cette même odeur de souffrance sur les vêtements… ils se ressemblent tous.

En décidant d’aller en aventure, il y avait de l’espoir dans les projets. Les étoiles dans les yeux. On savait qu’on souffrirait avant d’y arriver mais on ne savait pas à quel point. On avait travaillé dure, pendant des mois, des années, pour économiser assez d’argent et se lancer dans cette aventure. Prendre la route vers un monde de rêve. Là où tout va bien. On ne savait pas qu’il n’existe aucun endroit sur terre où tout va bien…on s’était imaginé qu’au terme du voyage on aurait de belles histoires vécues à raconter. On ne savait pas qu’à mi-chemin on aurait déjà l’horreur à témoigner…et qu’on nous appellera migrants.

En étant contraint de fuir son foyer, son pays et sa maison, on vivait déjà dans la peur et l’incertitude. On ne savait déjà pas si on aura un demain. Le désespoir nous pourchassait même dans nos rêves. On vivait plus dans le passé que dans le présent. L’avenir nous semblait tellement floue. Le cœur était déjà lourd et dans la bouche on n’avait qu’un gout d’amertume quel que soit notre repas. On savait déjà quelle horreur on aurait à témoigner…et qu’on nous appellera réfugiés.

Lorsque l’on se retrouve tous échoués au bord de cette mer, après un naufrage causé par l’excès du nombre de personnes à bord de cette pauvre embarcation de pêche, on se regarde tous avec la même question au bout des lèvres : est-ce la fin ?

Et lorsque se réveille l’équipe de protection de l’organisation internationale des migrations en pleine nuit pour leur annoncer un naufrage dont l’embarcation déchiquetée vient d’échouer sur la côte à près de 50 kilomètres, toutes les mesures d’urgence se déclenchent. La petite ville côtière de la corne de l’Afrique où je séjourne depuis quelque mois déjà, voit le jour se lever tout doucement avec une fois de plus, une horreur sur ses côtes. Des centaines de morts à enterrer. D’où venait t’ils ? où allaient-ils tous ? pour l’heure il faut essayer d’identifier les morts et les enterrer ensuite…

35 survivants sur plus de 200 personnes qui étaient entasser dans une petite embarcation de pêche. Certains sont des Yéménites qui fuient leur pays à cause de la guerre les autres sont des Éthiopiens, somaliens, maliens, camerounais, etc… ayant pris la route pour l’Arabie saoudite et qui se sont retrouvés bloqués au Yémen. Pourtant, ils n’ont plus eu d’autres choix que de fuir tous vers le pays le plus proche sinon ils auraient subi le viol, la décapitation ou simplement l’explosion par bombe artisanale.

On n’a pas idée de ce que c’est que de fuir pour sauver sa vie…eux ils en ont une image bien réelle. Certains sont prêts à la décrire et à tout raconter, moi je ne demande qu’à écouter et vous le raconter ensuite. Peut-être un jour leurs histoires seront lues…

Ils ont tous fuis. Ils ont tous besoin de protection. Ils ont tous besoin de sécurité. Certains pourront rentrer chez eux d’autres jamais…et certains ont peut-être, comme moi, cette chanson qui leur revient sans cesse en mémoire : « vous qui pleurez dans vos prisons, vous qui fuyez votre maison. Ne craignez pas pour votre corps. Ne craignez pas devant la mort. Levez les yeux vers le Seigneur. Criez vers lui sans perdre cœur.

En attendant, nous cheminons tous sur la route de l’espoir.

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